Crise économique – Moins de financement pour la relève artistique

LE DEVOIR
JULIE RÉMY

Édition du samedi 06 et du dimanche 07 décembre 2008

« C’est un monde où il faut se débrouiller soi-même. C’est beaucoup une question de capacités personnelles et de volonté »

Dans un contexte de crise économique, les mauvaises nouvelles s’accumulent. Après la suppression des programmes fédéraux d’aide à la tournée, le milieu des arts s’attend à des annulations en cascade. Les effets se font déjà ressentir chez les grands festivals, alors, a fortiori pour la relève, les temps sont durs…

Même les plus grands événements culturels risquent de souffrir du tarissement des sources de financement, que ce soit de la part de commanditaires en difficulté — on pense à l’industrie automobile, qui soutient le Festival international de jazz de Montréal — ou de la part d’organismes subventionnaires. Ainsi, François Girard devait présenter son opéra Le Vol de Lindbergh en partenariat avec l’Opéra de Lyon, pour l’ouverture de la 10e édition du festival Montréal en lumière, mais cette présentation a été annulée et remplacée par un spectacle de danse de Marie Chouinard, au budget plus modeste.

Les artistes de la relève, qui font déjà d’énormes sacrifices pour se produire eux-mêmes, devront redoubler d’efforts pour trouver du financement, prévient Yzabel Beaubien, spécialiste chez J’imagine Consultants. «À part le programme Jeunes volontaires d’Emploi-Québec, il existe très peu de programmes d’aide au démarrage pour les artistes de la relève», indique cette consultante en bourses et subventions.

Jusqu’à cette semaine, la Fondation du maire de Montréal offrait un programme de bourses pour la production, la réalisation et la diffusion

de projets artistiques. Mais, depuis que Développement économique Canada lui a retiré son soutien financier, la Fondation a décidé de se concentrer sur les entreprises traditionnelles, à but lucratif.

«Une entreprise va créer davantage d’emplois permanents qu’un projet ponctuel présenté par un artiste. On va continuer à soutenir des studios de production ou des entreprises de gérance d’artistes, mais soutenir un artiste individuel demande davantage de moyens et une expertise particulière», indique Liette Lamonde, la directrice générale.

UN NOUVEAU PROGRAMME

Heureusement, un nouvel outil a été créé le mois dernier par le ministère québécois du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, indique Cynthia Bellemare, du Conseil des arts de Montréal. Le mandat de ce programme, qui «vise à soutenir l’entrepreneuriat collectif des artistes et des créateurs de la relève», révèle que ceux-ci ont tout intérêt à se regrouper pour mener leurs projets à bien. Même le programme dont est responsable Mme Bellemare, pourtant intitulé «Outiller la relève artistique montréalaise», n’apporte son soutien qu’à des organismes qui regroupent les artistes d’un secteur, tels qu’En piste ou la Société pour la promotion de la relève musicale de l’espace francophone (SOPREF).

«Le meilleur outil, indique Mme Bellemare, est le portail Artère, où sont répertoriés tous les programmes d’aide aux artistes, secteur par secteur.» Mais, pour s’y retrouver dans ce dédale de programmes aux logiques et aux critères d’admissibilité différents, beaucoup d’artistes préfèrent mettre toutes les chances de leur côté et communiquent avec une experte en demandes de subvention, comme Mme Beaubien, pour préparer leur demande de bourse ou de subvention.

« LA PLUPART DES ARTISTES SE DÉCOURAGENT »

La plupart des aides financières, qu’elles soient offertes par la SODEC, le Conseil des arts de Montréal, le Conseil des arts et des lettres du Québec ou le Conseil des arts du Canada, soutiennent des artistes ou des entreprises culturelles qui ont au moins deux ans d’existence et qui ont fait leurs preuves. «C’est un monde où il faut se débrouiller soi-même. C’est beaucoup une question de capacités personnelles et de volonté», estime Yzabel Beaubien.

Effectivement, les artistes de la relève travaillent le plus souvent en autoproduction, un peu comme un entrepreneur qui se lance en affaires, explique-t-elle. En plus de travailler à leur propre création artistique, ils doivent s’improviser producteurs et promoteurs, car ils ont rarement les moyens d’embaucher une équipe pour les épauler et se faire connaître dans leur milieu.

En somme, ils créent leur propre emploi, mais ils ne se rémunèrent pas souvent, ajoute Mme Beaubien. «Les bourses ou les subventions ne dépassent généralement pas 50 % du budget nécessaire pour mener un projet à terme. Cela représente juste un petit coup de pouce, indique-t-elle. Il faut donc être très passionné, car il y a plus d’artistes que de public, et les critères de sélection pour obtenir une subvention sont très précis. En fait, la plupart des artistes se découragent. Ceux qui aboutissent sont ceux qui ont réussi à se structurer en entreprise.»